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FAUX ET USAGE DE FAUX : LES NOUVELLES FILIÈRES DE LA CONTREFAÇON

 

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Avec l’expansion des méga plates-formes de vente en ligne, et des sites de vente entre particuliers, les consommateurs sont davantage exposés à des vêtements, chaussures, parfums…. Contrefaits. Comment lutter ?

Ce sont des brosses à dents Colgate. Mais en les manipulant, on se rend compte que leurs poils s’enlèvent facilement. Trop facilement. Elles auraient pu étouffer l’utilisateur. Expertisées par le fabricant légitime, Palmolive, ces vraies fausses brosses s’avèrent aussi munies d’un manche contenant trois fois plus de bisphénol que la norme autorisée.

Notre pays est particulièrement touché par la contrefaçon. Avec 17% des produits saisis dans le monde en 2016, la France était la deuxième destination des contrefacteurs, juste derrière les Etats Unis. Des prix bas, une facilité d’accès grâce au Web et à la situation géographique, et il faut bien le reconnaître, un goût prononcé des Français pour le faux….

UNE PROGRESSION DE PRESQUE 7% PAR AN

Les plus jeunes, surtout, n’ont guère de scrupules : 41% des 15 – 24 ans jugent « acceptable d’acheter des produits contrefaits lorsque le prix du produit original et authentique est trop élevé » contre 27% pour l’ensemble de la population selon un sondage réalisé en 2017 par l’Ifop pour l’Union des fabricants (Unifab), l’organisme qui mutualise la lutte des marques contre la copie. Avec cette appétence, pas étonnant que l’achat de produits contrefaits progresse chaque année de 6 à 7%. Les vêtements, accessoires, parfums et chaussures constituent toujours le plus gros des achats de contrefaçon (7 sur 10 environ), si l’on en croit les acheteurs eux-mêmes.

DÉGÂTS SOCIAUX ET PROBLÈMES DE SÉCURITÉ

Selon un rapport du Comité économique et social européen (Cese) de 2017, ce phénomène provoquerait la perte de près de 800 000 emplois en Europe, et un manque à gagner fiscal de presque 15 milliards d’euros chaque année. Sans compter les dégâts sociaux. « On a, d’un côté, des travailleurs réduits au statut d’esclaves et, de l’autre, des industries qui peinent à produire le meilleur, puisque de qu’elles le font, c’est tout de suite copié » expliquent les rapporteurs du Cese.

La contrefaçon peut surtout poser un problème de sécurité pour celles et ceux qui les achètent. « Les contrefacteurs cherchent à minimiser les coûts de matières premières et du processus de fabrication, explique-t-on à la Répression des Fraudes. Des vêtements en contact avec la peau peuvent contenir des colorants azoïques, substances dangereuses et interdites. On trouve également des lunettes de soleil qui ne garantissent pas une véritable protection ».

Face à la menace, les moyens de défense paraissent faibles. Les containers qui arrivent dans l’Hexagone, à Marseille, au Havre ou dans les aéroports sont tellement nombreux que les douaniers ne peuvent pas faire face. Seul un sur cinquante est contrôlé, selon le Cese.

De nouvelles filières se développent de manière pernicieuse pour tromper les douaniers. De plus en plus de cargaisons arrivant de Chine font en effet un arrêt en Albanie, en Ukraine, au Maroc ou en Egypte, notamment, pour être reconditionnées et livrées aux revendeurs dans des colis plus petits.

DES FILIÈRES QUI FONT PREUVE D’IMAGINATION

Autre filière qui se développe actuellement, celle qui consiste à acheminer les pièces dans des envois distincts et à les assembler ensuite sur le territoire de destination.

Une cargaison de tee-shirts d’un côté, les fausses étiquettes de la marque de l’autre, et l’emballage pour finir. Le tout sera cousu et conditionné en Europe dans les ateliers clandestins. Les copies de parfums suivent le même processus, avec les flagrances d’un côté et les emballages de l’autre. Les marchandises sont ensuite injectées dans divers circuits de revente : à la sauvette, sur les marchés, les foires, les magasins de déstockage et même, quelquefois, dans la distribution traditionnelle.

Mais le moyen d’écouler le plus facilement la marchandise est Internet. Près de 7 articles contrefaits sur 10 sont désormais interceptés dans l’acheminement postal ou le fret. Aujourd’hui, d’immenses foires à tout sur Internet, AliExpress ou Wish, sont de véritables repaires de contrefacteurs. Les responsables de ces sites se trouvent hors de l’Union européenne, loin des foudres des grandes marques.

DES COPIES QUI IMITENT A LA PERFECTION

Un autre type de business en ligne permet d’écouler de faux produits avec moins de risques encore, les sites de revente entre particuliers. Vinted, par exemple, connaît un succès fulgurant. Charline y a acheté un fond de teint de grande marque. « Il me cause des problèmes de peau, je suis donc allée dans un magasin où l’on m’a confirmé que c’est une contrefaçon ».

L’Unifab voit ce type de pratique d’un mauvais œil. « Nous avons rencontré les responsables de Vinted afin qu’ils mettent en place un système de détection de contrefaçons. Ebay l’a instauré ; c’est un algorithme qui traque certains mots clés, et élimine automatiquement l’annonce suspecte. Elle est remise en ligne si le vendeur prouve que se produit est authentique ».

Le problème prend un tour beaucoup plus corsé lorsque la copie imite quasiment à la perfection son modèle. « Il existe désormais des contrefacteurs de produits de luxe d’une telle qualité que l’on s’y méprend : la lutte est difficile », reconnaît l’Unifab. Difficile de les détecter, d’autant que le prix peut lui aussi être élevé. Au point que 37% des Français affirment avoir déjà acheté un produit contrefait à leur insu.

Les origines, elles ne changent pas : 9 produits contrefaits sur 10 sont toujours fabriqués en Chine. « Nous pouvons tout copier, à l’exception de votre mère », ont l’habitude de dire les Chinois. A Pékin, il existe un complexe commercial baptisé « treasure street » où les acheteurs peuvent commander en gros des produits de contrefaçons. C’est un immense bâtiment abritant 300 points de vente, chacun représentant une usine où sont fabriqués les produits de contrefaçon. On y trouve des montres Rolex, sacs à main Gucci, piles Duracell, lames de rasoir Gilette, shampooings Head & Shoulders, du Viagra et même des diplômes universitaires ou des automobiles de luxe….

EN CHINE, DE VRAIS FAUX MAGASINS

La contrefaçon est tellement présente en Chine qu’il existe de vrais faux magasins : de faux Apple store, Ikea, Mc Donald’s, KFC ou Starbucks, copies quasi conformes. La majorité des marchandises vendues par Taobao, le site Web d’Alibaba sur le marché chinois, sont contrefaites. Mais ça ne gêne pas grand monde.

En juin 2016, le fondateur d’Alibaba, Jack Ma déclarait que les produits contrefaits étaient souvent de « meilleure qualité » et vendus à des « meilleurs prix » que les articles authentiques… Depuis, il a un peu changé de discours et suggère de réprimer plus fortement la fabrication de copies. Sur les milliers d’articles suspects repérés chaque année et transmis aux autorités chinoises, moins de 1% aboutissent à une condamnation. Le faux a encore de beaux jours devant lui.

Lionel MAUGAIN

 

Que risquez-vous à en acheter ?

Les vendeurs et détenteurs de marchandises contrefaites encourent des sanctions pénales pouvant aller jusqu’à 300 000€ d’amende et trois ans de prison.

*Si vous vous faites arrêter à la frontière ou si vous êtes le destinataire d’un colis contenant des produits contrefaits, sachez qu’ils seront confisqués et détruits. En outre, une amende comprise entre une et deux fois la valeur de l’objet de la fraude peut être infligée par la douane.

*Dans les faits, une marque ne poursuit jamais un client qui a acheté un faux vêtement. « Ce sont des personnes qui peuvent avoir des difficultés financières, on ne va pas en rajouter.

En revanche, nous allons traquer l’expéditeur et le moyen par lequel le vêtement a été acheminé » explique l’Union des fabricants de la lutte contre la contrefaçon.

 

Les trois indices pour déceler une copie

*Un site ou un point de vente louche

Privilégiez, à l’étranger notamment, les commerces traditionnels ou officiels. Sur Internet, repérez le nom et les coordonnées de professionnel (postales, téléphoniques et électroniques) ; vérifiez que le prix est TTC ainsi que l’existence de conditions générales de vente. Vérifiez que le droit  de rétractation et les garanties légales de conformité sont clairement mentionnés. Ne vous fiez pas aux photos, qui peuvent, elles-mêmes, être un plagiat de photos officielles.

*Un prix trop attractif

Seules les filières douteuses peuvent proposer des articles à des tarifs très attractifs. Demandez toujours une facture, et assurez-vous que le tarif inclut toutes les taxes, y compris les droits de douane…

*Une piètre qualité

Ayez un œil sur la qualité des matériaux et les finitions. Une piètre qualité d’impression de l’étiquette ou une faute d’orthographe peuvent aussi révéler une contrefaçon. Assurez-vous de la présence des logos attestant du respect des normes européennes (type CE) et/ou nationales (type NF). Un produit de luxe dans un sac plastique est sans doute aussi une contrefaçon.



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