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PHARMCIE : TROP DE MEDOCS EN RUPTURE DE STOCK

 

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En dix ans, les ruptures de stock de médicaments ont été multipliées par dix, entraînant des complications dans la vie quotidienne des patients et sur leur santé. Les pouvoirs publics tardent à apporter des solutions.

 

Un français sur quatre a déjà été confronté à une rupture de stock de médicaments, révélait en janvier une enquête de France assos santé, union d’associations de patients et d’usagers du système de santé. Vous avez été, en quelques jours, plusieurs dizaines à répondre à notre appel à témoignages sur le sujet et à nous confirmer ces difficultés : pénuries de Lutéran (traitement contre l’endométriose), de Sinemet (antiparkinsonien), de Monoprost (contre le glaucome), de Solupred (corticoïde), d’Adepal (pilule contraceptive)… pour n’en citer que quelques-uns.

 

LES « VIEUX » MEDICAMENTS SURTOUT CONCERNÉS

La liste est longue et ces pénuries concernent de nombreuses classes pharmaceutiques. La plupart du temps, il est possible de se procurer le médicament dans une autre pharmacie qui n’est pas (encore) en rupture de stock, ou de s’orienter vers un médicament alternatif, en accord avec le médecin… mais déjà, que de tracas ! Et les malades de Parkinson ont vu leurs symptômes réapparaître, faute d’alternative efficace : des patients guéris d’un cancer de la vessie auraient été victimes de rechutes, autre de traitement destiné à les éviter…

A l’hôpital aussi…

Anticancéreux, anesthésiants, anti infectieux… Les pharmacies hospitalières sont aussi confrontées à des ruptures de stock depuis une dizaine d’années. Cela les oblige à jongler entre les fournisseurs pour garantir leur approvisionnement. « Il n’y a pas d’impact pour les malades » assure le Dr Laurence ESCALUP, chef du département de pharmacie de l’Institut Curie (PARIS), « mais c’est plus de travail pour la pharmacie. On doit parfois faire des préparations plus complexes : quand on a quatre flacons de 150 mg à la place d’un seul de 600 mg par exemple. On doit être plus vigilant pour éviter tout risque d’erreur. On passe aussi du temps à étudier la littérature pour trouver un autre antibiotique ou un autre antiallergique pour remplacer un produit manquant. Par ailleurs, pour les médicaments qui sont régulièrement concernés, on fait des surstocks : un mois et demi ou deux mois de réserve au lieu de deux semaines »

 

Qu’ont en commun ces médicaments ? «  Les pénuries concernent des vieux médicaments, dont la licence d’exploitation est terminée et qui sont dans le domaine public. Les nouveaux, qui coûtent plus cher, ne sont quasiment jamais en pénurie » constate le Pr Jean Paul VERNANT, hématologue à l’hôpital de la Pitée Salpétrière à Paris. Car l’hôpital est également concerné.

Le problème n’est pas nouveau, mais il s’est fortement aggravé ces dernières années. Les ruptures de stock ont été multipliées par 10 entre 2008 et 2014, rien que pour les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM).

 

MALGRÉ LA LOI, LE PROBLÈME S’AGGRAVE

En 2012, le ministre de la Santé, Xavier BERTRAND, convoquait les industriels sur ce sujet et, en 2016, cette dénomination de MITM était créée pour porter plus d’attention aux ruptures de stock de ces médicaments les plus « vitaux ». La loi oblige les fabricants à mettre en place des plans de gestion des pénuries pour ces médicaments. Mais cela ne semble pour avoir réglé le problème, puisqu’il continue de s’aggraver ! En décembre dernier, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a sanctionné pour la première fois un industriel pour manquement à cette obligation : le laboratoire MSD a écopé d’une amende d’environ 350 000€ concernant la pénurie de son antiparkinsonien, le Sinemet. Le fabricant explique cette rupture de stock par des « difficultés de production ». Entendez qu’une usine a été fermée pour la mettre aux normes. Pour Christian BOCHE, qui fait régulièrement des dizaines de kilomètres pour trouver une pharmacie qui dispose de ce traitement nécessaire à son épouse (elle ne supporte pas les médicaments alternatifs), l’argument ne passe pas : « quand on fait des choses comme ça, on met en place une deuxième ligne de fabrication », s’insurge le retraité, qui a déposé une requête auprès de la Cour européenne des droits de l’homme pour atteinte au droit d’accès aux soins.

De l’avis général, l’ANSM fait tout ce qu’elle peut pour limiter l’impact de ces pénuries pour les patients, en informant les médecins et pharmaciens, voire les patients, sur les médicaments concernés et sur les alternatives disponibles, en mettant en place une priorisation pour certains patients ou certaines pathologies, en engageant les industriels à importer des médicaments comparables disponibles à l’étranger. Mais cela ne suffit pas…

 

DES PRINCIPES ACTIFS PRODUITS EN ASIE

            D’où vient le problème ? Il faut savoir que la fabrication des médicaments se fait en deux étapes : la fabrication du principe actif, c’est-à-dire la molécule qui soigne, d’une part, et le façonnage, c’est-à-dire le mélange de ce principe actif avec des excipients pour en faire des comprimés, gélules, sirops ou autres, parfaitement dosées et administrables au patient. Aujourd’hui, 60 à 80ù des substances actives sont fabriquées par des sous-traitants en Chine ou en Inde (contre 20% il y  trente ans), « où c’est beaucoup moins cher et où l’on se moque de la sécurité des gens qui travaillent » note Jean Paul VERNANT. Conséquence : les erreurs sont plus nombreuses.

L’ANSM note que le nombre de signalements de défauts de qualité est lui aussi en augmentation chaque année, passant de 624 signalements en 2004 à 1 930 en 2017. Avec l’éloignement et le temps d’acheminement, les anomalies constatées sont plus longues à rattraper qu’avec une usine proche du lieu d’utilisation.

 

LA FRANCE, PAYS PLUS TOUCHÉ QUE D’AUTRES

            Seul le façonnage est réalisé dans les usines des grands noms de la pharmacie, et ces derniers travaillent de plus en plus à flux tendu. Cette absence ou faiblesse des stocks explique que, dès qu’un problème se pose dans la chaine de fabrication, les pénuries sont quasi-inévitables et immédiates en aval.

Pour leur défense, Les Entreprises du médicament (leem) représentant la profession en France, avancent des contraintes économiques et réclament des aides pour relocaliser leurs sites de production en Europe, « irrecevable » pour Jan Paul VERNAT comme pour Alain-Michel CERETTI, Président de France assos santé, qui notent tous deux que l’industrie pharmaceutique est la plus lucrative au monde, devant le luxe ou les produits électroniques, alors que les médicaments ne sont pas des produits « comme les autres ». L’industrie semble pourtant avoir engagé un bras de fer avec les pouvoirs publics, au détriment des patients, se plaignant du prix trop faible de ces vieux médicaments et négociant par ailleurs des prix de plus en plus élevés pour leurs innovations.

            Tous les pays sont touchés par ces pénuries, mais la France le serait plus que d’autres, car le prix de ces médicaments dans l’Hexagone serait particulièrement bas, selon le Leem. « Lorsqu’une tension survient du fait d’un accroissement de la demande, les petites entreprises qui fournissent le marché international avec une seule ou quelques lignes de production vont approvisionner en priorité les pays qui pratiquent les tarifs les plus élevés », reconnaissait un représentant des laboratoires lors d’une audition au Sénat. Est-ce à dire qu’il faut augmenter le prix de ces médicaments en France ? Alain-Michel CERETTI plaide plutôt pour une négociation des prix à l’échelle européenne…

Une harmonisation qui promet d’être difficile à obtenir.

Pour faire face à ces pénuries, en septembre, aux Etats-Unis, plus de 500 hôpitaux se sont regroupés pour créer une fondation à but non lucratif, CIVICA RX, et fabriquer leurs propres médicaments génériques à prix abordables. CIVICA RX prévoit de mettre sur le marché ses premiers produits dès 2019. Une initiative pour le moins étonnante dans ce pays très libéral, mais un exemple à suivre ?

 

LE PLAN D’ACTION C’EST POUR QUAND ?

            Un amendement dans la future loi de santé prévoit d’autoriser les pharmaciens à remplacer, en cas de rupture de stock, un de ces médicaments vitaux par un médicament équivalent dans une liste établie par l’ANSM. Mais cette loi n’entrera sans doute pas en application avant plusieurs moi… Et e ministère en charge de la Santé devrait annoncer prochainement un plan d’actions. En attendant, « il faut que l’ANSM continue à assigner les laboratoires qui manquent à leurs obligations », appuie Alain-Michel CERETTI.

Valérie DEVILLAINE

 

BON A SAVOIR

Face à ces pénuries, vous pouvez seulement consulter la liste des médicaments « vitaux » actuellement en rupture ou en tension d’approvisionnement sur le site ansm.sante.fr (rubrique s’informer, puis informations de sécurité, puis ruptures de stock) et téléphoner aux pharmacies pour vous renseigner sur leurs stocks avant de vous déplacer.

 



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